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Sur la piste de la Macarena

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Écrit par Christian RAGGIOLI   
10-04-2008

Sur la piste de la Macarena

le village Jardin de Pena
L'armée est de plus en plus présente dans cette zone, le village Jardin de Pena

Au sud de la Colombie, entre cordillère orientale et au pied de la Macarena, ce sanctuaire de la nature, nous sommes au cœur du conflit qui oppose l'armée régulière et la guérilla des Farc* .

Cette guerre asymètrique ne permet pas toujours au professionnels de santé d'accomplir leur mission de soins auprès de la population non combattante.
La stigmatisation des civils, qui passent d'une zone contrôlée par les uns à celle contrôlée par les autres, a des répercussions sur la sécurité , et donc sur la qualité de l'attention sanitaire, des équipes médicales colombiennes et internationales.

Ambulancia
L'ambulancia du poste de santé transporte les malades au centre de santé de Mesetas qui se trouve à 4h d'une piste défoncée et boueuse. Le premier hôpital de référence se trouve à 6h : un temps qui se multiplie en fonction de l'état de la “route” : parfois plusieurs jours. Les évacuations sanitaires sont interdites la nuit tombée pour des raisons de sécurité.

Guiomar, infirmière diplomée de l'université de Villavicencio la capitale du Méta, est une pure femme des plaines orientales du sud du pays.
Lorsqu'il s'agit de rejoindre les postes de santé reculés au pied de la Macarena, dans les zones contrôlées par la guérilla des FARC, elle n'hésite pas.
Le risque est mesuré certes mais il est réel.
Elle sait que cela est suffisant pour être considérée par les Paramilitaires comme une “subversive au service des terroristes” elle a 2 enfants.
Un jour, demain, dans un an, quand Médecins du Monde ne sera plus présent, peut-être qu'on lui règlera son compte. 
Les atteintes à la mission médicale sont courantes même si les différents acteurs armés sont sensibilisés au respect des règles de la guerre.
Ici, c'est une guerre irrégulière.   
Sur la route qui mène de Vista Hermosa à El Pinalito, un blessé a été descendu de l'ambulance. On a retrouvé son corps plus loin, plus tard… les exécutions sélectives font partie des méthodes de contre guérilla.

L'an dernier, l'infirmière du poste de santé a été exécutée comme “collaboratrice” de la guérilla. Elle a probablement soigné un(e combattant(e) en civil sans le savoir. Et puis ses allers-retours entre zone gouvernementale et zone FARC ont fini par exacerber les soupçons de collaboration pour les uns ou pour les autres.

Image
Les difficultés de transport : lorsqu'il n'y a pas de pont car un pont faciliterait l'accès de l'armée aux zones sous contrôle des FARC

Si vous ne choisissez pas votre camp vous êtes une victime potentielle.
Lors de mon dernier séjour, un “cilindro* ” est tombé a proximité du poste de santé. 
Les personnels de l'hôpital présents ce jour là déjeunaient a proximité.
Cela leur a sauvé la vie. Le centre a été partiellement détruit. Des soldats ont été blessés.
Les “brigades” de santé que MDM mène dans une région qui se situe au cœur du conflit interne, sont orientées vers la santé des femmes et des enfants. Population vulnérable s'il en est, à fortiori en zone de conflit.
Travailler auprès d'une population civile dans une zone contrôlée par la guérilla est déjà un choix à haut risque pour l'équipe médicale, colombienne et expatriée.
Il faut éviter de prêter une attention particulière aux hommes qui sont, eux de toute façon aux yeux des autorités gouvernementales, soit des miliciens, soit des combattants. Sauf urgence vraie, pas d'attention médicale.
Le seul fait de vivre dans cette zone fait de vous un subversif, un collaborateur, un guérillero…
A la Julia, au pied de la cordillère orientale, les médecins affectés d'office par le système de santé passent mais ne restent pas. Seuls les auxiliaires infirmier(e)s restent.
La plupart sont installés là et limitent les déplacements hors de la zone.
Trop risqué.
Moins on se fait remarquer mieux ça vaut.
Notre présence permet d'améliorer l'accès aux soins pour ces femmes et enfants victimes d'un blocus économiques et stigmatisées parce qu'elle vivent là.
village Mesetas
Poste de police à l'entrée du village Mesetas ou il y a un centre de santé
C'est un soutien technique auprès des professionnels de santé. Et d'une certaine manière cela rassure.
Il est toujours plus facile de “nettoyer” sans le regard d'une organisation  qui peut porter un témoignage.  
MDM assure une présence internationale régulière mais qui n'excède pas une semaine par brigade.  Seul le délégué du CICR s'aventure aussi loin à l'intérieur des terres
Surtout que depuis quelques mois, l'armée se fait plus pressante et tente de reprendre le contrôle de ce bastion historique.
Faire sauter ce verrou laisserait place à une pénétration militaire au cœur de l'arrière garde stratégique des FARC et pourrait changer l'équilibre des forces et  la face du conflit. 
Les patientes s'inquiètent pour leur sécurité et celle de leurs maris ou compagnons.
La plupart d'entre eux sont membres des milices populaires des farc.
Ils devront quitter le village et reprendre le chemin de la selva* sous peine de se faire éliminer par l'armée ou les paramilitaires qui le plus souvent exécutent les basses œuvres. Ce que l'on appelle ici “la limpieza social* ”.
Notre équipe, observe de rigoureuses règles de sécurité au quotidien, pas de circulation après la tombée du jour, on ne se promène pas seul(e) dans en dehors du centre de santé. Les personnes et les véhicules sont clairement identifiés au logo de MDM. Il ne doit y avoir de confusion possible afin d'éviter une erreur de cible.

Sauf obligation, on ne parle pas avec un homme en arme. Le coordinateur analyse le contexte en continue afin d'assurer une sécurité optimale lors des trajets sur la piste.
Chaque membre de l'équipe sait à quoi il s'expose. Le non respect de ces règles est une faute professionnelle grave pour la personne concernée et qui peut avoir des conséquences tout aussi graves pour le reste de la mission.
Aujourd'hui, comparée à d'autres zones de conflit, la Colombie reste une terre ou les volontaires de l'humanitaire sont relativement respectés.
Cependant, le risque zéro n'existe pas et seule une vigilance permanente et une rigueur impérative nous aident à limiter la prise de risques pour nos équipes.
L'accès aux populations vulnérables est à ce prix. 

Christian RAGGIOLI, Cadre Supérieur de Santé
Responsable de mission pour MDM
www.medecinsdumonde.org



* Cilindro : mortier artisanal fabriqué par la guerilla avec des bouteilles de gaz

* Farc : forces armées révolutionnaires de Colombie qui compte environ 17.000 combattants

* Limpieza : nettoyage/propreté

* Selva : jungle 

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Dernière mise à jour : ( 06-09-2010 )
 
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