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Une journée ordinaire en milieu carcéral

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Écrit par MC RAGGIOLI, MC SASSI   
05-06-2008

Une journée ordinaire en milieu carcéral

Les échos qui résonnent chaque matin sont les premiers signes de vie que j’entends lorsque j’arrive à la maison d’arrêt.

Les détenus s’interpellent entre les 3 bâtiments qui la composent.
Je rentre dans le sas de sécurité : passage obligatoire au détecteur de métaux pendant que mes affaires passent au “bagagix”.
Après avoir franchi 6 grilles sécurisées me voici enfin devant l’infirmerie.

7h55 - Quelques patients m’attendent déjà, mais je ne peux les accueillir car Marie, la “surveillante” qui nous est affectée par l’Administration Pénitentiaire arrive à 8 h. Question de sécurité…
Juste le temps de me changer et de contrôler les scellés posés tous les soirs avant de fermer l’UCSA* : armoires des dossiers médicaux ; coffre à pharmacie ; chariot d’urgence ; armoire à matériel.
En effet,  l’Administration Pénitentiaire possède aussi les clefs de l’UCSA et en cas de nécessité les surveillants peuvent être amenés à y pénétrer la nuit.

La journée commence  avec le défilé des premiers patients : bilans sanguins, glycémies  capillaires et injection d’insuline pour certains.
Il est bientôt 9 heures quand les “arrivants” “débarquent”. Ils ne sont que 4 ce matin dans la cellule d’attente et l’un d’entre eux me reconnaît.
- “Ho l’infirmier, vous me reconnaissez ?  J’ai été libéré il y a  2 mois et depuis 2 jours, je n’ai pas eu mon traitement car les flics, en garde-à-vue, ils n’ont rien voulu savoir…”.
Je récupère le dossier de M. B. dans les archives. Il est sous méthadone, traitement de substitution aux opiacés, et a tous les symptômes d’un syndrome de manque.
Après la consultation auprès du  médecin généraliste, il est orienté vers l’équipe psychiatrique qui le prend en charge. Ah oui pardon, mais depuis mon arrivée, d’autres membres de l’équipe soignante  sont arrivés : mes collègues infirmières, Infirmier(e)s psychiatriques, psychiatre, psychologue, dentiste, préparatrice en pharmacie, manipulateur radio et j’en oublie sûrement... Difficiles de produire un travail de qualité dans des locaux devenus vétustes et inadaptés.
Les autres entrants, surtout s’il s’agit de leur première incarcération, ont avant tout besoin d’être rassurés.
Il s’agit d’instaurer un climat de confiance et de respect et de les informer sur le fonctionnement du service médical.
Le reste de la matinée se déroule sans problème spécifique. Je réponds à de nombreuses sollicitations, souvent exacerbées par l’enfermement, parfois agressives. Il faut savoir relativiser.
Notre regard, extérieur au système pénitentiaire, est pour beaucoup de  détenus une bouffée d’oxygène.
Combien de temps vous faut-il pour prendre une tension ? Ici, c’est très variable car la dimension relationnelle, l’écoute, plus qu’ailleurs est primordiale.
“Ma fille vient d’accoucher” ; “je suis trop dégoûté, mon prochain parloir n’est que dans 15 jours” ; “j’ai vu le juge, j’ai une autre affaire sur le dos” ; “mon fils aura 8 ans demain, il me manque tellement” : des histoires de vie que l’on entend au quotidien.

11h30 : l’Infirmière en poste de pharmacie vient de partir pour distribuer les traitements en détention  dans les quartiers disciplinaires et d’isolement où la sécurité est renforcée.
Une extraction médicale, prévue pour une consultation spécialisé au CHPA, vient d’être annulée car il n’y a pas l’effectif des fonctionnaires de police qui doivent escorter le patient.
Les récentes évasions depuis l’hôpital ont de nouveau mis l’accent sur une nécessaire vigilance des escortes.

14h30 : un surveillant nous averti par téléphone  que M. B (oui, oui, le même que ce matin) “s’est coupé” avec une lame de rasoir.
Il arrive à l’infirmerie, énervé, avec une serviette ensanglantée autour du bras.
Les soins prodigués, il parle… il me dit ne pas supporter le manque de tabac, l’isolement en cellule, que son traitement est insuffisant...

Pour nous le soin est un passeport, l’infirmerie est un lieu de parole… qui aide à mieux supporter l’enfermement en attendant de retourner à l’extérieur.

Fin de la journée…  Je repasse les six grilles sécurisées.
À l’extérieur, la vie continue…
 
M. C. Sassi, Infirmier

M. C. Raggioli, Cadre de Santé Supérieur
Infirmier anesthésiste
CHG Aix-en-Provence


* Unité de Soins et de Consultations Ambulatoires

Article paru dans le n° 23 (janvier 2006) de la revue de la Coordination Nationale Infirmière (CNI)


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Dernière mise à jour : ( 06-09-2010 )
 
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