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Groupe de parole en milieu hospitalier - Témoignage d'un psychologue

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Écrit par Catherine BRIDEL   
07-01-2011
belfort_infirmieres.jpgGroupe de parole en milieu hospitalier - Témoignage d'un psychologue

Le travail auprès des équipes soignantes figure parmi les missions du psychologue hospitalier.
Le groupe de parole peut être utilisé à cette fin.
J'en rappellerai les objectifs et les principes, avant de constater la difficulté de les mettre en place de façon régulière dans l'institution. J'avancerai des réflexions qui tentent de l'expliquer. 


Les effets attendus du groupe de parole sont de lutter contre l'épuisement professionnel ou « burn-out », et à mon sens de favoriser la résolution des tensions ou des incompréhensions avec les patients, les familles, internes à l'équipe (en excluant les problèmes institutionnels).

Le groupe de parole est proposé aux professionnels pour amener les soignants, en tant que sujets impliqués, à parler des malades et d'eux-mêmes, à formuler leurs émotions et leurs désirs de soignants.
Il s'agit d'un espace de rencontre, d'écoute, d’échanges.
Le partage de paroles dans un groupe montre à chacun que ses ressentis peuvent être connus ou reconnus par les autres, il favorise l'étayage des individus par le groupe lui-même, fonctionnant comme contenant.
La pluridisciplinarité est essentielle, permet de s'enrichir du point de vue de l'autre et correspond à la réalité d'une équipe. En écho au partage de la prise en charge du patient par tous, le partage de la charge émotionnelle se trouve favorisé.
C'est un lieu commun de rappeler que la confrontation régulière à des patients gravement malades ou, en fin de vie, suscite un travail psychique important, notamment autour du deuil, des angoisses de mort etc... en chacun des intervenants. L'impact émotionnel peut avoir pour effet de « geler » les processus cognitifs, nous pouvons rester désemparés, avec un sentiment d'impuissance.

Un temps et un lieu de paroles permettent d’effectuer un travail de pensée sur ce qui nous touche et nous affecte, et ainsi à mieux le supporter.

On peut aussi considérer ce groupe comme un rituel de deuil, propre à un service, où est évoqué le décès de telle ou telle personne. L'équipe construit son récit commun et ainsi la trace du sujet dans l'histoire du service, comme autrefois ces réunions de famille et d'amis autour du disparu, évoquant ensemble sa vie, les souvenirs que l'on en garde, ses dernières paroles...

Le groupe de parole peut également être le lieu de questionnements éthiques qui nous concernent tous, permettant une meilleure compréhension des positions de chacun, toutes respectables, bien sûr, il n'est en aucun cas un lieu de prise de décisions concernant ces sujets.

Enfin nous pouvons y repérer certaines conduites défensives qui nous indiquent des situations difficiles. Ces réactions sont tout à fait normales mais nous pouvons parfois les assouplir pour améliorer la prise en charge (évitement d'une chambre, conflit avec une famille..).

Dans l'établissement où j'exerce, et comme cela est souvent décrit, ces groupes sont peu fréquentés, s'inscrivent difficilement dans la régularité et la durée.
Certains membres des équipes viennent s'excuser auprès de moi de leur absence, un peu gênés comme s'ils refusaient une invitation de ma part !
Il me semble important, de resituer l'origine de la demande concernant ce travail. De ma place, je porte une demande institutionnelle, voire publique (particulièrement dans le plan cancer où c'est une mission définie dans le profil de poste) ; certaines équipes ont exprimé une demande, certains médecins. Il est essentiel que les cadres de santé relaient et surtout articulent cette demande institutionnelle qui peut apparaître comme autoritaire et comme une tâche supplémentaire, avec la propre demande des équipes s’exprimant dans diverses plaintes et sentiment de malaise.
On sait la pénibilité des métiers de soignants et la durée d'exercice d'une infirmière à l'hôpital. Dans ce contexte ce qui peut améliorer la charge psychique ne peut être considéré comme inutile.

Le ressenti de certains soignants est que leurs souffrances peuvent être échangées de façon informelle avec leurs collègues.
Comme nous le rappelle le Dr Estrynn Behar(1) , on relève moins de cas d'épuisement professionnel dans les équipes ayant une bonne cohésion et une communication de qualité. Dans ce cas, on peut penser que le groupe est suffisamment « bon » au sens de Winnicott pour servir de contenant et de régulateur aux émotions.

D'autres raisons peuvent être avancées pour expliquer ce peu de fréquentation des groupes, qui relèvent davantage de « résistances » psychiques individuelles. Des soignants évoquent leur crainte de s’exposer devant les autres, de se laisser aller.
Généralement, manifester ses émotions est perçu comme une « faiblesse », la perte d'une attitude dite professionnelle qui serait à la bonne distance.
Plus qu'une réticence à exprimer ses émotions ou ses angoisses, je pense qu'il existe une crainte d'être momentanément débordé, voire submergé par elles. Le risque de perte de contrôle sur ses ressentis internes est anxiogène. Le groupe doit être perçu comme très sécurisant pour s'y autoriser. Une équipe rencontrant d'autres problèmes de type institutionnels, conflits etc... aura des difficultés à se saisir de ce type d'outil de travail.
Comme tout travail « sur soi », le travail d'expression et d'élaboration dans un groupe de parole entraine une levée du refoulement : il s'agit de reconnaître comme siens ces contenus vécus comme dangereux ou gênants. Chez les sujets ceux-ci sont maintenus à distance de la conscience par divers mécanismes de défense (évitement, dénégation voire déni, isolement etc...). Ils demandent une énergie psychique variable, qui peut favoriser un épuisement ou un dysfonctionnement dans la relation avec les patients, le pire étant peut-être de laisser se développer l'indifférence.
C'est pourquoi les groupes permettant un autre traitement sont considérés comme un mode de prévention du « burn-out » des soignants.

Catherine BRIDEL 
Psychologue au Centre Hospitalier de Béziers

Article paru dans le n° 28 (janvier 2009) de la revue de la Coordination Nationale Infirmière (CNI)


1. Dr Madeleine Estryn Behar - Etude PRESST - NEXT « Santé et satisfaction des professionnels au travail ».

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Dernière mise à jour : ( 13-04-2011 )
 
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