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Élections professionnelles : Pénurie d’infirmières... dans les urnes !

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Écrit par Pierre Bertaud, Stéphane Dérès, CNI poitiers   
10-09-2012
election_pro_infirmiere.jpgÉlections professionnelles : Pénurie d’infirmières... dans les urnes !

Les élections du 20 octobre dernier ont bien confirmé, par le taux d’abstention, le marasme qui règne depuis de longs mois dans les hôpitaux.

Une démobilisation « record » !

Les infirmières, peu attirées par ce type d’évènement, ont une fois de plus boudé les urnes en battant tous les records… d’abstention. Dans les grandes structures, la participation dans la catégorie A atteint péniblement les 40% avec des niveaux pouvant descendre au-dessous des 20%. Les petites structures semblent, d’une manière générale, moins touchées par le phénomène. Si la palme du désintérêt revient sans conteste aux infirmières, toutes les catégories professionnelles sont touchées, y compris la catégorie C habituellement assidue à ce scrutin.

Un malaise profond et persistant

Bien que les directions minimisent l’ampleur du phénomène, ce taux d’abstention est le reflet manifeste d’une extrême souffrance. Les soignants, dans une grande majorité, ne se reconnaissent pas dans les objectifs mercantiles imposés par les directions. Aujourd’hui, ils mesurent l’immense décalage avec leurs valeurs professionnelles et constatent, avec amertume, qu’ils ne peuvent même plus se nourrir de la satisfaction du travail bien fait.

Pas de projection sur l’avenir

Faute de pouvoir affirmer ses convictions professionnelles au sein de cet univers hospitalier, il est bien difficile de s’investir au quotidien et de se projeter sur l’avenir. Le renoncement et la démission prennent progressivement le pas sur la motivation et l’envie de se battre. L’action syndicale n’échappe pas à cette morosité ambiante, d’autant plus qu’elle n’apparaît pas comme une planche de salut capable d’inverser le cours des événements… En conséquence, pourquoi se déplacer pour choisir des représentants du personnel alors que son propre avenir dans la structure est incertain et que l’impuissance syndicale est patente ?  

Infirmières défendues malgré elles

Depuis toujours à la recherche d’une « réelle reconnaissance », les infirmières cultivent avec une certaine constance un paradoxe bien propre à leur profession en laissant aux autres le « soin »… de décider pour elles-mêmes. Toujours en marge des grands événements sociaux, et malgré quelques accès de fièvre, elles restent concentrées sur la souffrance d’autrui comme pour mieux oublier la leur. Les mouvements de 1988 et 1991 qui ont révélés leur mal-être, n’auront pas permis à cette profession de prendre son autonomie et de grandir. Une forte majorité d’entre elles se laisse porter par les événements tout en déplorant être mal défendue... C’est sans doute là, le summum du paradoxe puisque les infirmières sont très peu syndiquées (moins de 4%) et que leur participation au vote du 20 octobre 2011 se passe de commentaire.

Un corps infirmier inconscient de lui-même

La conscience : perception et connaissance plus ou moins claire que chacun peut avoir du monde extérieur et de soi-même (définition LAROUSSE).
La profession se décline sous de multiples activités (secteurs publics, privés ou libéraux, IADE, IBODE, puéricultrice, cadre, IDE en psychiatrie, gériatrie, réanimation…), ce qui n’aide pas le corps infirmier à percevoir sa propre identité au sein de la société et de son potentiel en termes de force. Ces spécificités d’exercice, pourtant toutes liées génétiquement au Diplôme d’Etat initial, ont tendance le plus souvent à marquer les différences plutôt qu’à cultiver la notion d’appartenance à un même « noyau ». Le mouvement d’IADE de 2010 en est l’illustration vivante. Alors que toutes les composantes de la profession auraient dû se mobiliser contre le protocole du 2 février 2010 qui bannissait la pénibilité du métier, seuls les IADES ont pris la mesure du danger en contestant la réforme car, si ce protocole se décline par métier et spécialité, il remet en cause avant tout le statut de base de l’ensemble de la filière infirmière.

Depuis le début des discussions sur la réingénierie des diplômes et sur la place de ceux-ci dans le système LMD, la CNI défend l’idée d’une filière infirmière universitaire où toutes les spécificités seraient enseignées de la Licence au Doctorat afin d’y développer la recherche clinique infirmière. Pour l’heure, on assiste plutôt à un marquage de territoire de chacune des spécialités. Il serait certainement plus judicieux de jouer la carte des savoirs « partagés » qui aurait le mérite de démontrer la notion de tronc commun, tout en distinguant les savoirs spécifiques.

Un tapis rouge pour les grandes centrales

Loin de comprendre ces enjeux et surtout d’être en capacité d’influer sur les événements, les infirmières perçoivent encore moins les impacts électoraux et le pouvoir qu’elles pourraient en tirer. C’est d’autant plus vrai qu’elles sont peu militantes au sein des syndicats, ce qui les éloigne de toute culture syndicale. Le rejet des grandes centrales explique pour partie cette « inculture » et contribue également à cette abstention massive qui les caractérise. Alors qu’elles représentent plus de 40% des effectifs dans la fonction publique hospitalière, leur absence dans les urnes fait pencher la balance en faveur d’autres catégories pourtant minoritaires mais beaucoup plus militantes. Paradoxalement, les syndicats traditionnels qu’elles rejettent, dégagent une représentativité à leur dépend. C’est un véritable « tapis rouge » que les infirmières leur déroulent en laissant les autres décider… pour elles-mêmes.

La place d’un syndicalisme professionnel

Très attachées à des valeurs professionnelles, les infirmières investissent plus facilement le champ des associations que celui du syndicalisme. Malheureusement cet engagement associatif n’a pratiquement aucune emprise sur les choix politiques et sur les grandes évolutions des professions de santé. De fait, la seule voie légale pour atteindre cette représentativité spécifique infirmière est celle d’un syndicat professionnel qui doit, pour faire sa place, se présenter aux élections dans un maximum d’établissements en France. Reste à trouver les infirmières et les infirmiers qui veulent s’investir dans une telle aventure avec une pointe de pragmatisme pour réussir. 

Depuis plus de 20 ans, la CNI existe en tant que syndicat. Elle a démontré qu’il existe une place pour ce syndicalisme infirmier car, là où elle présente des candidats, elle obtient de bons scores électoraux. Les jeunes Coordinations Infirmières d’Esquirol (87) et de Salon de Provence (13) qui viennent de remporter, avec brio, une représentativité locale devant les syndicats traditionnels en sont la preuve vivante.

Défendre la filière infirmière : un combat permanent de longue haleine

Les infirmières doivent se rendre à l’évidence, elles ont la reconnaissance qu’elles méritent car, ce ne sont pas les quelques épisodes de rébellion qui ont marqués l’histoire qui peuvent durablement structurer leur avenir. Certes, la force et l’intensité des mouvements infirmiers de 1988 et 1991 ont amélioré leur sort mais le dynamisme et l’efficacité se sont rapidement essoufflés. Défendre une profession, c’est un combat de chaque instant et de longue haleine. Il faut donc s’inscrire dans le temps et s’organiser en conséquence avec une structure construite pour durer et basée sur le soutien financier des professionnels. Quand les infirmières auront compris et intégré qu’il faut passer par cet investissement pour maîtriser leur destin, elles pourront peut-être enfin toucher les fruits d’une véritable reconnaissance.

Pierre BERTAUD,
Stéphane DÉRÈS

CNI Poitiers

AVIS NECROLOGIQUE DE LA PROFESSION INFIRMIERE

Avec une abstention de 75% en catégorie A dans certains « gros » établissements, la pénurie infirmière s’est bien confirmée dans les urnes. Ce manque de mobilisation n’est pas un scoop pour la profession même si nous atteignons aujourd’hui des sommets.

Mais quelle est donc la première conséquence lorsque les professionnels de santé ne se mobilisent pas pour élire leurs représentants ? Et bien, la réponse est simple, les soignants délèguent tout simplement le pouvoir aux plombiers, jardiniers, cuisiniers, menuisiers, informaticiens, techniciens, administratifs… qui eux se mobilisent pour l’occasion… Alors tant mieux pour ceux qui ont eu le mérite de se déplacer et de faire leur devoir. Rassurez-vous, les canalisations seront préservées, les plantes hydratées, les petits plats à bonne température, les étagères à portée de mains, nos ordinateurs protégés des virus, tous nos appareils électroniques en pleine forme et les directeurs confortablement installés dans un fauteuil ergonomique… Ce raccourci peut faire sourire mais quand j’entends le « dit-plombier » défendre la VAE infirmière dans les instances de mon hôpital, je me dis que je me passerais bien de ses « bons tuyaux ». Je n’ai rien contre les plombiers mais, raisonnablement et personnellement, je me garderais bien de lui donner des conseils pour intervenir sur le réseau d’eau. Chacun à sa place et les malades seront bien soignés… Parce qu’il n’y a pas que des tuyaux à l’hôpital, on y trouve aussi des malades et des professionnels de santé. Aujourd’hui, les soignants ne sont plus en colère, ils se désinvestissent un peu plus au fil des réformes puis démissionnent. Ils ne croient plus en rien… pourquoi aller voter ? Alors, si la profession était solidaire, je lancerais bien l’idée d’un suicide collectif… mais j’entends déjà les infirmières « ça tombe mal, je fais une relève », « j’ai une calciparine à faire, je ne peux pas mourir avant », « ben non, ce soir y’a la finale de Master-chef à la télé », « je ne peux pas faire ça à mes collègues, elles sont déjà débordées », ou encore « commencez sans moi, je serai un peu en retard »… Et là, je me dis… on n’est pas sorti de l’auberge. Bref, voilà pour ce billet d’humeur… passagère.

Surtout, si vous constatez une « fuite » de professionnels infirmiers, n’hésitez pas, appeler le plombier de garde… Quant à la finale de Master-chef, rassurez-vous, c’est bien l’infirmière qui l’a emportée… Et une de moins !

CNI Poitiers

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Commentaires
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remi  - stop a l ordre infirmier   |2012-09-16 11:10:03
stop a l ordre infirmier
il faut arreter de decider pour les autres en leurs imposant une cotisation , une adhesion obligatoire qui debouchera sur des decisions sans concertation!!!
democratie participative
Josephine  - Billet d'humeur mais très juste !   |2012-09-11 09:54:28
Et pour couronner le tout les infirmières ont par désintérêt et ignorance sabordé leur Ordre qui était une formidable opportunité pour unifier la profession, pour exprimer tout ce qui constitue le socle commun de la profession. Quant aux centrales syndicales elles ont su parfaitement tirer partie de l'apathie infirmière.
Et le pire c'est que certains infirmiers, certains syndicats infirmiers (voyez l'attitude aberrante de la FNI aujourd'hui) se félicitent de ce gâchis.
Tout n'est pourtant qu'une question d'image. Si les infirmières réfléchissaient, se posaient des questions de fonds comme vous le faites, sur l'intérêt de s'unir, nul doute qu'elles aboutiraient à la conclusion qu'elles ont tout intérêt à bâtir leur ordre le plus vite possible.
MARCEL  - catherine   |2012-09-11 13:35:14
Je déplore cette abstention et j'aurais même aimé voté mais n'ai reçu aucune info à ce sujet ! Ou sommes nous censées voter ?
Pourtant je cotise ... alors, peut être que nous sommes plutôt très mal informées
Je ne crois pas que le désir de s'unir, de réléchir et de sauver notre métier soit si inexistant chez les infirmières...
lamour   |2012-09-24 12:52:10
Tant que les infirmières se penseront être des sauveurs du monde , à mi chemin entre "soeur thérésa et superman"et qui ignorent assocaitions , coordination et syndicat , nous resterons dans notre conditions de "sous métier"
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