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Les soignants s'interrogent sur l'application de la réforme

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Écrit par Le Figaro   
04-12-2008

Hospitalisation d'office, sortie décidée par le préfet, géolocalisation des malades dangereux : autant de points qui font débat.

Le monde de la psychiatrie publique traverse une crise grave, manquant de moyens, de lits, de médecins et d'infirmiers. Dans ce contexte, les professionnels réagissent aux mesures annoncées, mardi, par Sarkozy. Leurs positions se résument à deux points : donnez-nous plus de moyens, et attention à ce que le soin psychiatrique ne se résume pas au tout-sécuritaire.

La volonté de sécurisation des hôpitaux constitue une avancée pour le Pr Frédéric Rouillon, clinicien à l'hôpital Sainte-Anne de Paris. Sans remettre en cause l'ouverture des établissements, il considère que le problème posé par les rares patients violents est réel. «Il faut sortir de la langue de bois.» Pour lui, le débat entre guérir et punir ne doit pas être escamoté. En revanche, Michel Reynaud, chef de service à l'hôpital Paul-Brousse de Villejuif note que les mesures sont uniquement répressives alors que «la psychiatrie et ses malades méritent autre chose que la multiplication des unités pour malades difficiles (UMD)».

 

«Contraire à notre éthique»

Le Pr Michel Lejoyeux, chef de service à Bichat (Paris) et à Maison-Blanche (Neuilly-sur-Marne), estime que «la psychiatrie aurait tort de ne pas accepter une augmentation du nombre de place en UMD». À propos des hospitalisations d'office, il relève qu'il va être «difficile, à volume de lits constant, de les maintenir puisque les durées de séjour vont être automatiquement plus longues». Même chose pour la mise en place de soins ambulatoires sans consentement. Que faire si le patient ne se rend pas au rendez-vous qui lui a été fixé ? «Il faudra aller le chercher chez lui ?».

Le fait que la décision de sortie pour un malade hospitalisé d'office soit prise par le préfet après avis d'un collège de soignants est bien accueilli par le Pr Frédéric Rouillon. Il estime que «c'est une très bonne chose de délier l'expert de son pouvoir de décider. Il est très difficile d'être à la fois celui qui soigne et celui qui décide la sortie, le médecin souhaitant avant tout redonner l'autonomie à son patient».

L'idée de mettre en place un système de géolocalisation pour certains patients hospitalisés sans leur consentement fait bondir les professionnels. Philippe Ladurée, infirmier psychiatrique au centre hospitalier de la Sarthe, militant CGT, explique que ce sujet fait régulièrement partie des discussions au sein de l'équipe de son établissement. «C'est contraire à notre éthique. Les malades deviendraient des prisonniers. Pourquoi ne pas leur mettre des chaînes et un boulet ?»

 

«Qui va détenir les données ?»

L'argument du personnel soignant est qu'avec un tel système, la relation de confiance entre le malade et l'équipe soignante est menacée. «Qui va détenir les données de la géolocalisation ? interroge un psychiatre. Si c'est l'hôpital, on pourra le retrouver en cas de fugue. Mais si c'est la police, c'est plus gênant», ironise-t-il. «Les préfets sont de plus en plus réfractaires à l'idée de laisser sortir les hospitalisés d'office. Ils préfèrent les laisser dans les hôpitaux», ajoute Philippe Ladurée. L'infirmier insiste lui aussi sur le fait que le plus grand problème que connaisse aujourd'hui la psychiatrie, c'est le manque de lits. «On ne sait plus où mettre les gens alors que nous avons de plus en plus de malades, regrette-t-il. Parfois, certains relèvent plus de la prison mais on nous les envoie parce que la société ne sait pas quoi en faire.»

Jean-Michel Oughourlian , de l'Hôpital américain de Neuilly, a un point de vue iconoclaste sur la question de la sécurité. Il estime en effet nécessaire de donner des traitements aux malades mais à des doses appropriées. «Trop de jeunes médecins hésitent à cause de la peur des effets secondaires», déplore-t-il. Selon lui, si le patient de Pau qui a tué en 2004 une infirmière et une aide-soignante avait reçu une dose cinq fois supérieure à celle qui était la sienne, il ne serait peut-être pas passé à l'acte.

Le Figaro 3 décembre 2008 

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