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Soigner, écouter, soutenir : deux infirmières racontent leur quotidien

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Écrit par Le Midi Libre   
12-01-2009
Tragique loi des séries : les incidents mortels se sont enchaînés ces dernières semaines à l'hôpital. D'abord le décès d'Ilyès, 3 ans, suite à l'erreur fatale d'une infirmière. Quatre jours plus tard, un homme de 56 ans décède d'un malaise cardiaque dans l'Essonne, les urgences n'avaient pu le placer assez vite en réanimation. Puis un nourrisson meurt à Paris après l'erreur de réglage d'une perfusion. Et une femme âgée insuffisante cardiaque décède à Metz. Une nouvelle fois, la famille accuse l'hôpital. Comment les soignants vivent-ils ces dramatiques événements ? Très exposées dans la chaîne de soins, deux infirmières racontent leur quotidien alors que Nicolas Sarkozy évoquait hier à Strasbourg la réforme de l'hôpital.

Nathalie : « Il ne faut jamais oublier que tout est
possible »

A la "Réa 2" de la clinique du Millénaire, à Montpellier, Nathalie Victoria, 36 ans, associe la prudence et l'enthousiasme d'une infirmière jeune mais arrivée tard dans le métier, après des études de chimie. Ses six années d'activité professionnelle ont démarré par de l'intérim, elle y a fait de la formation, a multiplié les expériences dans différents services : « Je voulais faire un métier où j'aiderais les autres », résume-t-elle, attentive à sa patiente arrivée la veille pour une intervention sur une valve aortique comme aux mots qu'elle utilise. Tout est possible ? « Chaque être humain est unique. J'ai vu des miracles, des gens qu'on croyait perdus, repartir... c'est pour ça qu'on fait ce métier, ces moments où tout se passe bien nous donnent l'envie, parce qu'on peut être las de voir des gens mourir. » 

L'accident, elle y pense, forcément. La tragique loi des séries démarrée avec le décès d'Ilyès la « bouleverse » : « Cet enfant pourrait être ma fille, l'infirmière, ça pourrait être moi. On connaît visuellement les produits de la pharmacie, on a des réflexes, on nous apprend à vérifier le nom des substances, le dosage, la date de péremption, mais les enveloppes changent avec les génériques, on n'a pas les mêmes repères. On peut aussi être fatigué, avoir des problèmes personnels... », explique-t-elle. Les infirmier s sont aussi formés à prendre en charge les patients et leurs proches : « Le savoir être s'apprend. Heureusement, on a des cours de psychologie. » Une même interrogation lui revient souvent : « Est-ce que je vais mourir ? Est-ce que je suis foutu ? » « On renvoie la question. » Aux patients, à la famille. Sortie de la clinique, Nathalie Victoria « tourne la page », retrouve sa petite fille de 16 mois : « Déconnecter me permet d'être plus disponible. » Elle ne veut pas travailler la nuit - « un autre monde » -, tient à son rythme qui mêle, sur un mois, du 8 - 20 h sur cinq jours pendant deux semaines, une semaine à deux jours, la dernière de récupération.

Au quotidien, l'équipe permet « d'évacuer les tensions, des choses pas faciles ». Les pleurs. Le service, « très technique », accueille des pathologies lourdes, précise Françoise Planckeel, l'infirmière qui chapeaute les trois unités de réanimation de la clinique, chacune compte deux infirmières et deux aides soignantes, un anesthésiste de garde. Après vingt-sept ans de carrière, du public au privé, du nord au sud de la France, de la réanimation aux urgences, la responsable connaît le métier : « On est considérés comme des Bac + 2 alors qu'on est à + 3, + 4 ou + 5, on est mal payé, on fait des heures pas possible, on travaille le dimanche, et on ne parle de nous que dans le négatif. Je suis sceptique quand on parle de vocation, mais si on n'aime pas ce qu'on fait, on ne tient pas longtemps. » Et de préciser: « On ne recherche pas forcément les félicitations. C'est rare d'entendre "Bon travail Nathalie". » Elle gagne, hors primes, moins de 1 700 € nets par mois, et « c'est sans doute mieux qu'ailleurs ».

La journée défile habituellement sans temps morts, ponctuée de visites horaires aux quatre patients placés sous sa responsabilité : relever la tension, la fréquence cardiaque, la diurèse... pointer les prescriptions du médecin, spécifier ce qui a été administré... La matinée, consacrée aux toilettes, est très chargée. Les familles sont là en fin d'après-midi, quand tout se bouscule. « On peut avoir beaucoup de travail, mais on a le sentiment qu'on le fait bien », admet l'infirmière. Ce mardi est un peu exceptionnel : la sortie de cinq des huit patients de l'unité, le matin, lui donne un peu de répit. Mais un anévrisme va arriver du bloc, un "by-pass" (1) et un homme opéré de la prostate. L'équipe attend.


Laure : « Je me sens en sécurité à l'hôpital »

A 29 ans, Laure Verdier, diplômée en 2000 de l'école d'infirmières de Mende, en poste en cardiologie au CHU de Nîmes depuis avril 2005, n'a pas choisi l'hôpital public par hasard :  « C'est un choix », explique la jeune femme, qui a aussi passé cinq ans au centre hospitalier de Montélimar . « J'ai fait des stages dans le public et dans le privé, je me sens plus en sécurité à l'hôpital, on a un contact direct avec les médecins, il y a toujours un interne ou un senior disponible. C'est vraiment une équipe pluridisciplinaire » , dit-elle en préambule. Et aussi : « L'hôpital accueille tout le monde, c'est le reflet de la société. »

Sa carrière déjà bien remplie, a pourtant démarré par hasard : « C'était tout sauf infirmière... Passé le concours après le bac, je n'avais pas 18 ans, je me suis donné un an pour essayer. C'est un boulot où on se sent utile, il n'y a pas de chômage, j'avais envie de rester dans le Sud... » L'essai est concluant. Ici, elle navigue d'un mois à l'autre sur un « gros service » qui mêle soins intensifs (6 lits), urgences (4 lits), surveillance continue (4 lits) et hospitalisation classique (30 lits). Pour janvier, elle est aux urgences, de matin (6 h 15 - 13 h 45) ou d'après-midi (13 h - 21 h), avec deux week-ends sur trois travaillés. Salaire ? « C'est indiscret ». Pas secret, il faut se référer à l'échelon 5 de la fonction publique hospitalière. Sans les primes. « 45 € pour un dimanche », annonce Laure, « l'aumône ». Elle ne s'en plaint pas : « Je ne suis pas si mal que ça, ici. Le jour où ça n'ira plus, je changerai de travail. » Pour l'instant, elle accepte : la pression qui accélère le temps, « il faut sélectionner les priorités et déléguer » ; les mêmes mots qu'on répète aux patients, pour « rassurer », « expliquer », « je me demande toujours ce que j'aimerais savoir si j'étais à leur place, sans minimiser les problèmes ». « Ça s'appelle l'empathie », dit-elle.

Ce vendredi matin, une dame est décédée « c'est rare, on n'est souvent confronté à la mort ». En fin d'après-midi, des analyses sont en cours sur les deux autres personnes entrées pour des douleurs thoraciques et toujours placées sous sa responsabilité. Les incidents à répétition qui ont entaché l'image de l'hôpital, ces dernières semaines, sont encore un sujet de conversation récurrent : « Les patients nous demandent ce qu'on en pense... » Laure Verdier reste prudente : « On n'a pas tous les éléments, ce sont vraiment des drames. » Elle n'a pas attendu ça pour se « dire tous les jours qu'il faut faire gaffe, il faut savoir ce qu'on fait ». L'histoire de coronarographie ratée l'a « estomaquée », « je n'arrive pas à y croire ».
Quant à l'infirmière qui se trompe dans la perfusion au petit Ilyès... « C'est lourd ». En ces temps où l'hôpital est très décrié, elle préfère se tourner vers « ce patient qui remonte du bloc et qui va bien ».

 
(1) Rétrécissement de l'estomac chez une personne en surpoids.
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